Pourquoi les musiciennes et musiciens ne devraient pas payer dans la majorité des commerces qu’ils fréquentent

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Pourquoi les musiciennes et musiciens ne devraient pas payer dans la majorité des commerces qu’ils fréquentent

Hier je suis aller prendre un verre dans une micro-brasserie. Un petit commerce qui offre fièrement que des produits locaux. On y vente même le fait que les ingrédients sont aussi locaux, qu’un effort magistral a été fait pour encourager le terroir québécois. Bref, on a le sirop d’érable et la poutine tatoué sur le coeur1.

Cependant, pendant que la personne au service m’explique tout ça, on entends jouer une chanson du groupe Foo Fighters. Et ça reste comme ça pendant tout le temps de ma première consommation, on entend que du gros rock commercial international des 20 dernières années, rien d’autre, sauf au moment de venir nous servir notre deuxième bière. On entendait alors une chanson bien populaire de Shakira.

« Désolé pour la chanson, c’est juste pour rire! »

-Pouvez-vous mettre du Québécois svp? On a rien entendu du Québec depuis notre arrivé.

« Ah, ok, pourquoi pas, pas de problème. Vous voulez Mononc Serge ou Kaïn? »

-Tout sauf Kaïn svp2

J’ai été agréablement surpris, parce que normalement on me fait une moue épouvantable lorsque je demande de mettre de la musique québécoise dans des commerces locaux, comme si j’exigeais à quelqu’un de boire du vinaigre plutôt qu’un bon Bordeaux. On a donc eu droit à une chanson de Mononc Serge. J’étais ben content. Celle d’après était du Malajube. Yé. Celle d’après Fred Fortin, plutôt une ballade. Celle d’après, Louis-Jean Cormier.

Ah ben caliss, ça ressemble pas mal à l’algorithme de Spotify ça3! Ayant terminé mon deuxième verre, je me lève pour aller payer au comptoir et en profite au moment de recevoir ma facture pour poser une question :

« Pardon, je suis curieux, pouvez-vous me dire avec quoi vous faites jouer la musique dans le bar? »

-C’est Spotify

« Vous savez qu’en utilisant Spotify vous ne payez pas vos droits de diffusion, que ces droits reviennent aux artistes et que c’est une des seules possibilités de revenus pour eux en ce moment, parce qu’on est loin d’être revenu à la normale dans les salles de spectacles? »

-Ah ben là, c’est vraiment trop cher! Je ne suis qu’un petit commerce local moi, je n’ai pas les moyens de payer en plus pour la musique qui joue ici!

« Pas de problème, mais dans ce cas, je ne payerai pas mes consommations ce soir »

-Quoi?!

« Ah ben là, c’est vraiment trop cher! Je ne suis qu’un petit musicien local moi, je n’ai pas les moyens de payer en plus pour de la bière faite qui est faite ici! »

Évidemment, j’ai payé ma facture avant de partir, car je ne suis pas un voleur moi contrairement à tout ces petites commerces locaux qui ne payent pas leur droit de diffusion. Mais au fond de moi, c’est exactement ce que je pense que devraient faire les musiciennes et musiciens lorsqu’on se retrouve dans cette situation, parce qu’il y a en a ras le bol de voir tous les petits commerces ne pas encourager la culture d’ici ou de profiter des créations d’ici sans redonner, un tant soi peu, en échange.

Phil Bourg, artiste ingénieur


L’argument du prix

Spotify offre maintenant un service commercial qui permet d’utiliser tout leur catalogue et d’importer les listes de lecture. Coût par mois : 54$ par adresse4. Si vous êtes un commerce et que vous dites que vous n’avez pas les moyens de vous payer un service de diffusion à 54$ par mois, je vous propose le choix suivant : faites jouer de la musique et payer les créateurs un tant soit peu pour leur travail ou ne faites pas jouer de musique dans votre commerce. Vous pouvez engager des artistes pour jouer dans votre commerce, vous verrez que ça coûte pas mal plus que 54$ par mois5

L’argument de la bonne musique

-Oui, mais au Québec, y’a pas de bonne musique! 

Ciboire qu’il faut être obtus6 pour dire ça! Rendez-vous sur musiquebleue.org, je vous ai concocté une liste de lecture aléatoire de plus de 6500 albums bandcamp dans tous les styles de musique. Tu peux choisir la Collection Poulet Neige pour découvrir environ 650 excellents albums sélectionnés juste pour toi. Si tu trouves rien de bon là-dedans, écris-moi, je vais te suggérer quelques titres en fonction de ce que tu écoutes.

L’Argument du temps

-Oui, mais j’ai pas le temps! 

Tout le monde a 24 heures dans une journée, y compris les artistes qui font de beaux et bons albums pour toi. 

L’argument des hits

-Le monde veule entendre des hits, pas de la musique québécoise, le monde va quitter mon commerce si je mets de la musique québécoise!! 

Tabouère d’ostie de calisse! C’est certain qu’en continuant toute la gang de passer de la musique internationale plutôt que la musique d’ici on n’en aura pas des hits québécois! Faut commencer quelque part tabouère! Et puis sérieux, si quelqu’un quitte ton commerce uniquement parce que tu fais jouer de la musique québécoise et non de la musique internationale, ben tant mieux, ça te fera un raciste de moins dans ton commerce. 

Notes en bas de page

  1. Aille les Canadiens qui essayent de nous voler encore nos symboles, vous en avez pas eu assez de piquer notre drapeau, notre animal national, notre hymne national et notre sport national, faut s’en prendre à la poutine asteure!! Ostie de Canadiens à marde, ils n’ont rien d’autre dans leur culture que les référents québécois et autochtones, les deux peuples qu’ils ont (et continue) de sauvagement exploité depuis leur arrivé! Phil Bourg qui se déchaînent en bas de page, anyway personne va lire ça.
  2. Au Cégep, je portais fièrement un t-shirt fait maison avec la mention suivante lorsque je sortais dans les bars : FUCK KAÏN. Kaïn était l’incarnation même de la majorité de musique de chenoutte qui passait dans les radios commerciales à cette époque où j’étais un peu plus abrasif dans mes positions. Aujourd’hui, j’ai compris que la grande majorité des artistes qui passent à la radio commerciale adore ce qu’ils font. Le fait que je n’aime pas la majorité de la musique qui y passe est plutôt dû au fait qu’il y a aucune diversité musicale à la radio. Bref, une bonne chanson pop qui se complique pas trop la tête, c’est bon de temps en temps, pas à longueur de journée.
  3. J’aime bien ce que fait Louis-Jean, mais ça me fait suer de ne pas pouvoir écouter du québécois sur Spotify sans tomber sur lui après quelques chansons! À la fin, ça gosse cet algorithme de merde de Spotify qui tourne en rond! Vous voulez vraiment écouter du québécois? Allez sur musiquebleue.org, j’ai fait un outil avec plus de 6500 albums en tout genre, tu vas voir qu’il n’y a pas juste Louis-Jean au Québec, aussi bon soit-il.
  4. Malheureusement, Spotify n’a pas l’intelligence ni la délicatesse d’offrir son service en français malgré les (environ si je me fie à cet article et que je fais un calcul de proportion) 2.6 millions d’utilisateur au Québec.
  5. Non, on n’accepte pas de jouer pour de la bière, c’est compris?!
  6. Je me retiens pour ne pas écrire « cabochon ».